L’Italie de l’après-guerre se débat dans les problèmes de pénurie de cuir ( réquisitionné par l’armée pour les baudriers et autres bricoles… ) et les restrictions à l’exportation, mais les Italiennes en ont assez des ersatz, des sacs en carton : devant une demande de plus en plus forte d’articles fantaisie de qualité, la maison Gucci explore des matériaux nouveaux et se tourne vers le bambou du Japon dont l’importation n’est pas contingentée et qui peut remplacer l’anse de cuir.
Le tronçon de bambou est strictement sélectionné pour la régularité de ses noeuds, étuvé, chauffé, cintré, recouvert de plusieurs couches de laque qui vont lui donner sa brillance, re-chauffé et même partiellement brûlé… Sa technique de fabrication est strictement la même de nos jours.
Le fermoir tourniquet suit tout naturellement…
Le corps du sac est en rotin, en chanvre, en lin avec le minimum de cuir sur les cotés et les bordures, ou encore en cuir de sanglier, très difficile à travailler en raison des nombreuses taches et cicatrices qui marquent la peau. Il est équipé à l’intérieur d’une poche zippée et d’une poche ouverte qui contient un miroir.
La fabrication du « Bamboo « nécessite 13 heures de travail.
Dès son lancement, il est tellement populaire que la maison Gucci dépose en 1958 un brevet pour protéger son invention et restreindre l’usage du bambou comme anse.
Il est porté par les célébrités de l’époque , Grace de Monaco, Ingrid Bergman ou Elisabeth Taylor en tête, et fait son apparition au cinéma en 1954 au bras de Vanessa Redgrave dans le film « Voyage en Italie « de Roberto Rossellini. L’actrice l’aime tellement qu’elle ne le quitte plus et l’affiche encore dans » Blow-Up « , dix ans plus tard…
Sa seule évolution notable ? L’ajout d’une bandoulière en 1990.
Indispensable d’un vestiaire vintage, le « Bamboo » moderne peut bien se décliner en cuir, en croco, en autruche, en toile monogrammée, se parer de couleurs ou s’orner de broderies et de badges, le plus beau reste le plus sobre, celui des années 50 à 70.

Vanessa Redgrave dans « Viaggio in Italia « 1954

La reine Paola de Belgique , 1964

» Blow-Up » d’Antonioni 1966