Pendant quatre décennies elle a choqué, provoqué et émerveillé. Elle a fait du scandale et de la subversion son fonds de commerce.
Les tabloïds anglais l’adorent : avec elle, on a toujours quelque chose à dire… ou à redire !
Elle est née Vivienne Isabelle Swire le 8 Avril 1941 dans le Derbyshire et décédée Dame Vivienne Westwood le 29 Décembre 2022 à Londres. Fille de parents modestes et calvinistes (peut être faut-il voir dans ce dénuement et cette rigueur l’origine de son goût pour la pompe, les rites, les objets religieux ?) elle est très douée de ses mains. Au collège déjà, elle s’habille chez C&A mais retouche tous ses vêtements, déplace les boutons, raccourcit et fronce.
Elle étudie la bijouterie à l’université de Westminster, devient institutrice.


Elle rencontre Malcolm Maclaren en 1965 : Il a fait les Beaux Arts, il est passionné de musique, charismatique. Elle divorce de son premier mari Derek Westwood, son fils Joseph nait en 1967 ( fondateur de la marque Agent Provocateur en 1994… la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre !)
Vivienne fabrique les vêtements que Malcolm vend dans les magasins de disques. Ils participent aux mouvements étudiants de 1968, se positionnent en rebelles, ouvrent sur King’s Road en 1971 une boutique dont le nom changera au fil de leurs évolutions: Let it Rock, Too fast to live, Too young to die, Sex, Seditionaries puis World’s End, successivement d’ambiance rock n’roll puis motarde, puis punk.
Quand le mouvement punk se lève, les Sex Pistols se créent et Malcolm est leur manager, Vivienne leur costumière. Elle invente un personnage de dandy anarchiste et non genré en pantalon bondage à lanières, se réapproprie le tartan, symbole de la résistance des écossais face à l’envahisseur anglais, les badges, les semelles épaisses, les symboles monarchistes : le succès est foudroyant.
A la fin des années 70, le mouvement punk a fait long feu, le groupe se disperse, Vivienne se tourne vers les vêtements du passé qu’elle chine à Camden. Corsets et crinolines, elle les démonte et les remonte, ses collections sont remplies de pirates (portant les fameuses boots) et de romantiques. Elle est une grande historienne de la mode et de ses techniques : ”Regarder en arrière est le seul moyen de créer le futur”.
Elle a pour cliente Lady Diana Spencer, appelle sa boutique World’s End, trouve des soutiens financiers et défile à Londres avec Pirates’ en 1981, à Paris en 1983 avec “Sorcières”.


Les collections “Mini-Cricri“ et Harris Tweed ( 1985 et 1987) consacrent une silhouette en corset et crinoline courte et faux cul, perchée sur de hauts talons à semelles compensées.
La collection Portrait en 1990 ouvre une mutation vers une tendance plus «élizabethaine» avec perruques poudrées, corset, traînes et tournures, tournant en ridicule la gentry et le puritanisme victorien, provoquant le scandale en 1994.



Elle rencontre en 1992 Andreas Kronthaler, de 25 ans son cadet qui dessine désormais les collections.
La consécration arrive avec deux nominations British Designer of the Year (1990 et 1991) et une rétrospective au Victoria & Albert en 2004.
Elle réalise les costumes de «L’opéra de Quat’sous» de Bertold Brecht à Vienne, la robe de mariée de Carry Bradshaw dans «Sex and the City» mais ses dernières années seront militantes : «J’en ai fait (de la mode ) un outil politique pour diffuser mes idées anti conformistes». Elle est végétarienne, anti-fourrure, fait don d’un million de livres en 2012 pour la reforestation, milite pour un Tibet libre.
Son credo : il faut acheter moins de vêtements mais acheter mieux : «Buy less, Choose Well, Make it Last».


VIVIENNE WESTWOOD EN PRATIQUE
Vingt boutiques en nom propre à travers le monde.
Trois griffes :

Gold Label, semi-couture

Red Label : Prêt-à-porter

Anglomania : Diffusion
Pour qui ? Une femme sûre d’elle, sexy, toujours en talons ( jusqu’à 30 cm de hauteur avec les plateformes pour une démarche un brin chancelante : Naomi Campbell en a fait les frais en s’étalant en direct sur podium ! ), qui “assume” et joue volontiers un rôle.
Acheter Vivienne Westwood vintage : depuis la vente de sa collection personnelle aux enchères en 2024 au profit d’oeuvres caritatives pour un montant de près de 500 000 £, les prix s’envolent.
Les estimations sont volontiers multipliées par 4 : en France, un trench World’s End estimé 300 € a fini à 2500, une jupe Gold Label 200 € à 1600. Inutile d’essayer d’acheter au Royaume Uni…
Les pièces phares :

Né avec la collection « Portrait « en 1990, il est directement inspiré d’une pointe d’estomac du XVIII ème siècle, destiné à serrer la taille, écraser et faire pigeonner la poitrine.

Le tartan, ici porté par Kate Moss pour la robe de mariée du final en 1993 : il est de toutes les collections, depuis le premier jour. Ici le Mac Andreas, nommé d’après son mari et designer artistique Andreas Kronthaler

Les boots Pirates, nées en 1981, éternelles, incontournables…

Les bijoux ornés de l’orbe ( globe surmonté d’une croix et symbole de la royauté britannique ) cerclé d’un anneau de Saturne, créé en 1986 : succès commercial planétaire et bon marché.